Ces samples qui vibrent dans nos tympans et révèlent la rythmique du temps

Échantillon sonore réutilisé, souvent boucle, pour créer une nouvelle mélodie, le sample n’est pas seulement une technique musicale, il est aussi révélateur d’un nouveau mode d’appréhension du temps qui coule dans nos tympans. Pièce d’un puzzle modulable, le sample est sculpté dans la matière pré-existante et ramène le passé dans un présent en synchronie.

Comme le disait Spooky « Sampler est une façon de manipuler et de reconfigurer des morceaux du passé dans le présent, et de permettre aux permutations du présent de refléter vraiment ce que la musique pourrait devenir. Et nous voilà en train de jouer avec le passé, le présent, le futur et l’imparfait du langage même. »

Le sample nous reconnecte à la musique polyrythmique des cultures africaines, aux rites vaudou, aux danses tribales. Rythmes importés aux États-Unis par les esclaves chantant dans les champs de canne à sucre, ils sont repris dans nos mélodies actuelles grâce à cette technique de collage musical. La soul, le funk, le hip hop sont tous largement composés de samples puisant dans cette état d’esprit afro. Nous écoutons donc quotidiennement des sons vieux et neufs à la fois car loin d’une répétition à l’identique, les boucles sonores du sample génèrent d’infimes modifications qui sont sources de la création. Le sample donne son âme à la musique.

Dès les années 60, le sample apparaît simultanément chez de nombreux artistes aux quatre coins de la planète Terre. Il s’infiltre chez Steve Reich et sa musique de phases ou Philip Glass, fondateur du mouvement minimaliste. Des collages de voix de David Byrne et Brian Eno jusqu’à Talking Heads ou Franckie Goes To Hollywood, le sample se répand son des années 80. Et finalement, sans que nous en rendions compte le sample s’infiltre partout sur nos ondes radios et dans nos disques durs que ce soit avec C2C, Wax Tailor ou Daft Punk. Il est omniprésent, il est lui-même une sorte de beat infini.

Et si le sample était une invention musicale représentative d’une évolution de la conscience ?

C’est aussi dans les années 60 que les scientifiques découvrent le sampling moléculaire : l’ADN n’étant rien d’autre qu’un sample, quatre acides aminés combinés entre eux sur une double hélice et dont l’évolution a permis celle de toute la chaîne du vivant. Nos cellules sont des samples du Big Bang. Le sample représente une nouvelle façon de voir le temps : la causalité est effacée par un passé synchronisé dans le présent et avec le futur. Le temps est une multitude d’instants présents et c’est toute la rythmique de notre cosmos qui s’ouvre à nos consciences.

Grâce à la technologie donnant naissance aux samplers, nous jouons avec ce temps présent mais n’est ce pas une façon de recréer une faculté que nous avons au fond de nous ? Comme ce document sonore dont les emboîtements créent la rythmique de l’ensemble, nous passons notre temps à nous copier coller pour nous accorder à l’instant présent. Alors, samplons nous les uns les autres.

Merci à Maissa Chahed, dj et créatrice de la marque Mamamushi, pour la sélection musicale de cet article.

Toto la Momposina samplé par Timbaland


Enya samplé par The Fugees


David Axelrod samplé par Dr Dre


Chopin samplé par Serge Gainsbourg


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