Et si nous devenions contents d’être en manque ?

Par essence, sur cette planète Terre, nous sommes tous en manque. Même si nous formons un grand tout nous n’en avons pas conscience et c’est ce qui nous sépare de l’extérieur et génère nos manques. Nous sommes des bouts de ficelle de l’Univers, des parcelles, des milliards d’êtres humains séparés les uns des autres. Cette frontière avec l’autre est notre îlot. Chers moussaillons, nous sommes manquants par nature et cherchons à retrouver la terre promise. 

Et qu’est ce qui nous manque ? Du fric, notre mec, une meute, l’amour avec un grand A, le dernier Mac Book Air, le soleil sur la peau, des vitamines D, un tatouage sur la fesse droite, du sexe et  le mode d’emploi de l’orgasme magique. On travaille 50 heures par semaine, 330 jours par an pour se payer des vacances et combler le manque de vacances or c’est précisément ce manque qui crée encore plus de manque. C’est le serpent qui se mord la queue qui nous demande comment sortir de ce labyrinthe plein de portes de bureaux mais sans issue de secours ?

Combattre un manque ne fait que lui donner plus de force. La première chose à faire serait donc de l’accepter très tranquillement et paisiblement parce qu’après tout c’est le lot commun de toutes les âmes humaines que nous côtoyons. Voir la réalité, ne pas se voiler la face est la meilleure porte de sortie et d’entrée dans le nouveau monde. C’est d’ailleurs le discours d’Emmanuel Ransford, physicien et Arouna Lipschitz, philosophe « Quiconque pense de ne pas avoir de manques est dans le déni de la réalité, dans la rigidité, or le manque est un appel à la dynamique et bouger c’est vivre. » 

Et si être en manque c’était super cool en fait ?

Nous avons tous des manques, nous sommes composés de manques, nous sommes nos manques. En fait, c’est un peu « je manque donc je suis ». Merci mes manques de me montrer que je suis humain, que je vis. Chez les chinois la vie est composée de vide et de plein, de Yin et de Yang. On n’est pas l’un sans l’autre. Comment se rendre compte de nos pleins sans nos vides ? Nos corps physiques sont composés de 90% de vide. Pour remplir un verre d’eau, il faut qu’il soit vide. « Si quelqu’un me demande ce qui m’inspire, je réponds toujours ce qu’il manque, parce que je ne veux pas copier quelque chose qui existe déjà » a dit Pharrell Williams

Nos manques seraient donc des moteurs de Formule 1 bien huilés. Au lieu de les subir essayons de les apprécier en commençant par les voir comme on se regarde dans la glace avant de partir en soirée, bien habillés et reluisants. Ils sont nous, notre chair, nos pensées et notre ADN.

Aimer ses manques, plus facile à dire qu’à faire ? Et bien non, justement parce qu’il y a beaucoup à dire mais rien à faire, juste à être contents d’être manquants. Un peu comme pleurer de joie, essayons de rire de rien.

Pour illustrer cet article, j’ai choisi le travail de José Romussi, plasticien vivant à Berlin d’origine chilienne qui raccommode les bouts manquants des personnages de vielles photos noir et blanc grâce à sa machine à coudre. Il brode des formes géométriques qui remplissent les corps de cercles, de lignes droites, de fleurs, de coeurs et de « Life is beautiful »

jose-romussi-10

jose-romussi-9

jose-romussi-8

jose-romussi-4

jose-romussi-15

jose-romussi-6

jose-romussi-1

jose-romussi-13

jose-romussi-14

jose-romussi-17

 Images José Romussi

EnregistrerEnregistrer

Si vous avez aimé cet article et que vous appréciez le magazine Réécrire, faites un joli petit don en cliquant ici. Tous les contenus Réécrire existent grâce à vous et vos généreuses participations. Merci, love & share.