Fragments de mémoires de roches

Interview de Malin Gabriella Nordin, plasticienne

Si Malin Gabriella Nordin tire les cartes pour savoir ce qu’elle va créer aujourd’hui, elle pioche néanmoins ses idées dans un grand huit qui lui revient en boucle. Dans son atelier de Bergen en Norvège, elle expérimente de multiples techniques, chacune de ses créations pouvant se matérialiser à plat en peinture, devenir un volume ou évoluer en collages. Ses pièces sont comme des roches, des fragments de mémoires d’univers et de souvenirs des sorties de son corps nocturnes.

– IDENTITÉ –

Naissance : 30/07/1988, Stockholm, Suède

Résidence : Bergen, Norvège & Stockholm, Suède

Études : 2010 – 2013 : BFA, Bergen National Academy of the Arts, Bergen, Norvège / 2008 – 2010 2 : Pernby School of Painting, Stockholm, Suède

Média : Mix Media (peinture, sculpture, collage, dessin)

Projets récents : Expositions NAU Gallery, Stockholm, Suède // Projet Private Language (livre + expositions) Galerie Fisk, Bergen, Norvège // The Perfect Nothing Catalog, Miami, Florida // Winter Show, Gallery Steinsland Berliner, Stockholm, Suède.

A venir : Exposition Thought… process, Good Press Gallery, Glasgow, Scotland

Sur le web : www.malingabriella.com / Tumblr

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INTERVIEW –

Décris ton travail en 5 mots ou une phrase:

Je reconstruits des fragments de ma mémoire, de mes rêves et de mon entourage.

Comment se déroule ton processus de création ? Suis tu une sorte de rituel cyclique ?

Je travaille intuitivement, je ne sais jamais à quoi va ressembler le projet final. Quand il n’y a plus de choix à faire c’est que l’œuvre est terminée. Quand je commence une pièce, je pose un problème qui a besoin d’une solution, c’est comme une conversation entre elle et moi. Il faut des compromis, des discussions et des décisions. J’essaye de me laisser faire des fautes et de trouver de nouveaux chemins, d’avoir confiance en l’imprévu et en moi. Mon processus c’est mon propre jeu de « chuchotements chinois »,  je bouge entre les différents médiums et techniques. Quelque chose qui a commencé à plat sur du papier peut se transforme en une sculpture 3D et ensuite devenir un collage. Ce processus continue à l’infini et des pièces laissées par un projet peuvent devenir une partie importante du projet suivant. Je travaille dans un huit au travers duquel tout revient.

Quel est le lien entre tous les médiums que tu utilises ?

J’aime utiliser différentes techniques et matériaux. Un sujet qui est bien pour la peinture ne l’est pas forcement pour la sculpture. C’est pour ça que j’aime aller de médium en médium et changer constamment, je change aussi ma façon de penser en fonction de chaque médium.

Tu utilises des cartes qui te disent quoi créer ? Es-tu superstitieuse et/ou spirituelle ?

C’est mon ancien colocataire qui m’a initié aux cartes, à l’époque il les tirait  pour moi et depuis qu’il a déménagé je les choisis toute seule. J’aime penser à d’autres dimensions, à ce qu’on ne connaît pas et de là formuler mes propres idées et personnages. Je suppose que je suis assez spirituelle. J’adore dormir parce que j’adore rêver et j’ai souvent des paralysies du sommeil et des sorties de mon corps, expériences qui sont à la fois effrayantes et inspirantes.

Comment gagnes-tu de l’argent ?

Maintenant je gagne de l’argent en vendant mes œuvres mais j’ai aussi un prêt étudiant. Avant je travaillais comme scénographe a mi-temps.

Ton sujet préféré est la pierre ?

Ceci n’est pas complètement vrai, je travaille avec beaucoup de formes et textures différentes qui ressemble à de la roche. Même si je découpe parfois des photos de roches, les pierres ne sont pas le sujet central de mon travail. Je crois que quelqu’un a écrit un article sur moi disant que j’utilisais les roches comme thème et ensuite tout le monde a adopté cette idée. Je les vois plus comme des personnages ou des objets.

Est-ce que tu travailles avec d’autres objets ? Quelle est ta philosophie ?

J’aime penser à des choses qui sont incertaines car elles laissent plus de place à mon imagination. Par exemple quand je réfléchis à l’univers, je peux continuer à y penser pendant des heures. Dans mon travail, je reconstruis des fragments de ma mémoire, de mes rêves et de mon entourage. Ce n’est pas un moment précis, c’est juste un ressenti. Même si mes œuvres sont très personnelles et abstraites, je veux que les gens puissent avoir leur propre interprétation et expériences, sans être guidés par des textes explicatifs.

Le lieu et la manière dont les œuvres sont disposées sont très importants car c’est cela qui crée de la tension entre elles et les spectateurs. Ça se transforme en interaction social car chaque œuvre affecte les œuvres qui l’entourent tout en cohabitant dans l’espace individuellement. Elles sont ensemble séparément.

Si tu pouvais faire une collaboration avec un autre artiste ?

J’aimerais bien travailler avec un technicien qui pourrait réaliser les projets auxquels je pense sans interférer dans le processus de création !

A quoi ressemble ton studio ?

Beaucoup de couleurs, de découpages, de bois, de pinceaux ! J’aime collectionner les objets donc il y a beaucoup de choses différentes qui pourront me servir un jour. Il y a aussi un espace vide au sol où je peux m’asseoir et travailler. Mes travaux m’entourent, sur les murs, sur le sol et au plafond, tous entamés ou terminés.

Raconte nous un peu ta vie en Suède ? Qu’est ce que tu aimes faire de ton temps libre et où trouves tu ton inspiration ?

En ce moment, j’habite à Bergen en Norvège. J’ai déménagé de Stockholm à Bergen en 20120 car tout allait trop vite, trop de choses se passaient et j’ai eu besoin de partir pour réfléchir et prendre du temps pour moi. Ici, c’est comme ma petite bulle, il n’y a que moi, mes pensées et mon emploi du temps. C’est un luxe d’aller en école d’art, d’avoir le temps de travailler dans un studio tous les jours et d’explorer ses idées créatives.

Si tu pouvais réaliser un rêve ?

Vivre de mon art pour le reste de ma vie.

Ta chanson préférée ?

C’est une question difficile… mais je dirais Stevie Nicks qui chante Wild Heart en se maquillant.

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L’orgasme en BD

Interview d'Erwann Terrier

Penser orgasme et se taper une barre de rires ? C’est possible en lisant la BD qu’Erwann Terrier, auteur très imaginatif, a réalisé en réponse à nos questions.

– IDENTITÉ –

Résidence : Paris
Age : 30 ans
Profession : auteur
Médium : Bande Dessinée
Projets les plus marquants : les couvertures de la revue Schnock, un album bd chez Dupuis
Actualités : achève le 2e tome de la BD « les Stupéfiantes aventures de Viny K. » (scénario Vincent Bernière) – publication prévue pour février 2014
Sur le Net : http://terrierstupefiant.tumblr.com/
Phrase culte : « Vache qui rit est à moitié dans ton lit »

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 Crédit : Erwann Terrier

L’orgasme, un courant électrique qui relie au 7ème Ciel

Texte par Olivia Zeitline

Qu’est ce que l’orgasme ? Vaste question à laquelle il existe autant de réponses que de pratiques. La science est incertaine au sujet de l’orgasme : une succession de mouvements musculaires libérant une tension sexuelle… Mais encore ? Qui a eu la chance de se faire expliquer la sexualité par son papa ou sa maman étant petit ? C’est quand tu jouis de plaisir et que ton visage se déforme. Tu perds le contrôle, tu es à nu (c’est le cas de le dire à poil même). Quelle honte y a-t’il à prendre son pied ?

Si depuis 1975 et l’avènement de la contraception, les lois ont changé, qu’en est-il des mentalités ? Les femmes deviennent des mecs et leur féminité, leur vagin et leur utérus ? L’orgasme est un produit de consommation au même titre que les sextoys vibromasseurs et que le viagra. Le sexe fait vendre des Peugeot et des PC.

Selon certains médecins, l’orgasme « mécanique » clitoridien féminin n’apaise pas la tension sexuelle, il fait suite à la réunification des énergies individuelles. C’est un acte de solitude à deux. On peut se poser la même question pour l’homme ?

L’orgasme ultime est une sorte de courant électrique issu de la vibration des deux sexes, de la plongée dans l’inconnu de l’univers. L’orgasme pourrait être donc bien plus puissant que l’on ne l’imagine, un ticket pour le septième ciel. D’après les philosophies tantriques orientales, le cosmos est dans l’être humain et c’est par l’acte sexuel que l’individu se relie à lui-même et à l’univers. L’orgasme sacré serait l’une des voies d’accès aux mystères du monde.

Sélection visuelle : parce qu’avec l’art on jouit aussi ?

fabien-merelle-orgasme-2010Fabien Mérelle, dessin

Poynton_2Deborah Poynton, peinture

henning_von_gierkeHenning Von Gierke, peinture

esteban_gonzalezEsteban Gonzalez, photographie

Comment reconnaître un orgasme, un vrai, qui régénère et lave de ses pêchés?

L’orgasme: drôle de sujet pour un magazine spécialisé dans la présentation des arts visuels? Et pourtant c’est un questionnement universel, au centre des préoccupations sociales abordées par l’art contemporain: comment prendre son pied et savoir jouir sans aucune limite? Quoi de plus facile que de parler de plaisir au travers d’une image?

Comment reconnaître un orgasme, un vrai, celui qui fait frissonner pendant des heures, qui régénère et lave de ses pêchés? L’éjaculation et la stimulation du clitoris sont-elles les preuves irréfutables de l’orgasme? Est-il mécanique ou spirituel ? Est-ce qu’il existe plusieurs niveaux de jouissance? Avec toutes ces questions en tête, nous avons sondé des plasticiens, musiciens et même la prêtresse de la gynécologie: Danièle Flaumenbaum. On soude l’art et les sujets sociaux comme on peut, on recoud, on caresse, on tâtonne.

Sujet racoleur? Nous essayerons de nous en sortir avec doigté. Et c’est vrai que l’idée de parler de l’orgasme n’est pas simple pour un deuxième sujet mais elle nous est venue de la rencontre avec des chamans des plaines urbaines occidentales et surtout de la résistance qu’il existe encore à parler de ces sujets. Peur de mal faire, de rater une performance, de ne pas être à la hauteur? Toutes les clés de la fontaine de joie seront à vous. Il paraît même que les saintes en extase ont des orgasmes.

Sélection visuelle :

On en profite pour vous parlez de notre montée de Kundalini: le travail des deux jeunes photographes ukrainiens Tania Shcheglova et Roman Noven. Œuvrant sous le nom de Synchrodogs, c’est d’une vie de chienne dont ils font rêver travaillant la nudité parfois kitsch, parfois dramatique mieux que Terry Richardson. Serait-il possible d’avoir un orgasme avec la nature, en l’occurrence un tronc de boulot?

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Au delà des limites de la gravité

Interview de Luis Dourado, plasticien

Le travail de Luis Dourado ne s’arrête pas à une technique spécifique. Par différents médiums, il explore les concepts du contrôle, de la mémoire et de l’illusion. Un mélange entre le rétro et le moderne, la tradition et la technologie. Tel un chercheur, il manipule les images en déformant la géographie pour explorer le pouvoir de l’imagination.

– IDENTITÉ –

Naissance: 1984, Porto, Portugal

Résidence : Déménage

Études: Design + Master in Communication and Public Space

Projets : Santorini Biennale of Arts (Santorini, GR), Arnolfini Gallery (Bristol, UK), Filmhouse Gallery (Edinburgh, UK). Premier livre “Untitled” aux éditions Sauna.

Sur le web : www.luisdourado.net

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 – INTERVIEW –

Décris ton travail en 5 mots ou une phrase:

Fabuleux, Étrange, Psychédélique, Surréel et Nostalgique

Pourquoi utilises-tu des paysages pour créer des formes géométriques ?

J’aime pratiquer des manipulations géométriques sur une image qui a un rapport avec la nature pour marquer un contraste. Au delà de la symbolisme, je trouve intéressante l’idée de faire entrer le rationnel, le calcul dans une matière organique. J’ai toujours trouvé que les bois, les montagnes et les paysages étaient assez fascinants et intrigants.

Est-ce que tu parles d’une réalité parallèle ?

C’est possible, je n’ai jamais été sceptique par rapport au métaphysique. Ça serait bien si à un moment donné on réalisait qu’il se passe quelque chose d’autre. Je ne sais pas si mon travail reflète exactement cette idée mais j’aime bien regarder les choses et les utiliser en tant que support de mon imagination, tout est possible et ça me plait.

Quelle est ta vision du monde ?

Comme Tom Tom a dit après avoir sauté  » la vie est parfaite, la vie c’est le meilleur. Elle est remplie de magie et de beauté…opportunité et télévision. Et de surprises. Beaucoup de surprises, oui. Et puis il y a ce truc que tout le monde cherche…mais ils ne le ressentent que lorsqu’il est parti. »

Pour toi, quelle est la différence entre un artiste, un scientifique et un chercheur ?

Je suppose qu’ils ont tous un rôle important, ça dépend vraiment de leur influence et de leur réussite. J’imagine que de nos jours, les gens s’habituent à l’idée d’être un peu de tout et je trouve ça intriguant. Je pense qu’au fond, c’est une question de volonté.

Quels sont tes outils manuels et digitaux ? Quel est ton processus de création ?

Mon travail analogique est généralement lié à la manipulation de la photographie mais aussi à la peinture et au dessin. J’utilise beaucoup de choses tels que des vieux bouquins, affiches et photos de famille. Je prends tout ce matériel et j’utilise des outils de coupe et de collage pour la manipulation des marqueurs et acryliques dans laquelle j’ajoute quelque chose à la photo originale. Sur ma série digitale, j’utilise aussi beaucoup de ces vieux supports, je les scanne et les met dans les archives, mélangeant les vieilles images avec ma propre photographie.

Peux-tu nous parler de tes collaborations avec les musiciens et le « Sonar Festival » ?

J’ai joué au Sonar Festival en 2010 avec le réalisateur et artiste Pedro Maia, qui a développé la partie visuelle du spectacle. A part ça, j’ai collaboré deux fois avec ce même festival en tant que photographe et développeur de concept pour un projet virtuelle. Sonar est une très bonne initiative.

Quels paysages, pays ou villes t’ont inspiré ? Où as-tu voyagé ?

Je ne suis pas particulièrement intéressé par des sites naturels, je pense que tu peux trouver de l’inspiration dans tous les paysages. Je voyageais beaucoup avec mes parents et ma sœur quand j’étais gamin. On prenait la voiture, chaque année, pendant les vacances d’été, et on partait a la découverte de l’Europe, visitant toute l’Espagne, la France, l’Italie… J’ai de très bons souvenirs de cette époque, particulièrement en France, je me souviens d’avoir passé quelques jours a Carcassonne, vers mes 10 ans et de tomber complètement amoureux.

On est Français et on est très intéressé par votre ville ! Où est-ce que tu y trouves de l’inspiration ? Comment est la communauté artistique ?

J’imagine que l’inspiration vient de la recherche, je chercher toujours quelque chose, je voyage un petit peu, je regarde sur internet, je lis etc… Porto, comme tout autre ville, te donne des choses particulières et spéciales, c’est une ville confortablement sombre, et c’est un atmosphère que j’aime bien. Pendant l’hiver, la nuit, la ville paraît être remplie d’un énorme brouillard, comme si on était dans les bois et je pense que c’est une des choses que j’aime le plus, ce coté mystérieux.

As-tu une bonne mémoire?

Bonne ou mauvaise, je me souviens de certains moments comme si c’était hier et d’autres comme si ça ne c’était jamais passé.

Quelle limites veux-tu dépasser ?

Les limites de la gravité !

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L’informatique est un mandala

Interview de Léonardo Ulian, plasticien

Léonard Ulian est un artiste recycleur, il collectionne au hasard de ses trouvailles des vieux jouets, des morceaux d’arbre, des figurines en porcelaine et même des manuels d’instruction. Dernièrement l’artiste italien basé à Londres, s’est fait remarqué pour ses mandalas technologiques créés à partir de ses récupérations de composants d’ordinateurs. Pourquoi associer deux matières qui semblent fondamentalement opposées, spiritualité et technologie seraient-elles liées  ?

IDENTITÉ –

Naissance : 03-11-1974, Gorizia, Italie

Résidence : Londres, Grande Bretagne

Formation : Sir John Cass Faculty of Art and Design (Londres) / Graphic art centre C.S.G, (Udine, Italie) / Da Vinci Industrial and Artisanal Institute (Gorizia, Italie)

Médias : Mix média

Projets  : Timewave Zero, group exhibition at the Gallery Espacio Valverede, Madrid, December 2012 / London art Fair (London), January 2013 – Group Exhibition at the Beers.Lambert Contemporary Gallery, London, March 2013

Sur le Web : www.leonardoulian.itwww.leodardo.com

Leonardo Ulian dans son univers

– INTERVIEW

Peux tu nous décrire ton travail en une phrase ?

Mon travail consiste à créer des choses et à en démanteler d’autres.

Te fixes-tu des protocoles techniques de création ?

Je me fixe un système de règles puis des obstacles ou des erreurs qui me permettent de penser d’une manière concrète à propos de quelques chose que j’aimerais faire tout en suivant les règles que je me suis donné.

Tu crées des sculptures à partir de matériaux électroniques recyclés, vieux jouets ou figurines en porcelaine ?

Oui, j’aime créer en utilisant des objets trouvés. Je n’ai pas d’objet que je préfère utiliser. J’ai tendance à utiliser des objets qui me rappellent des passions puérils, des appareils électroniques, des gadgets bizarres ou des jouets en général. J’aime aussi collectionner des objets complètement différents comme par exemple des morceaux d’arbres, des figurines en porcelaine ou des manuels d’instructions anciens.

Comment se déroule ton acte de collection ?

J’ai réalisé que souvent, inconsciemment, je trouve des objets dont je ne sais pas quoi faire sur le moment mais qui me servent des mois ou même des années plus tard. J’ai ma propre théorie à propos de l’art recyclé. L’objet d’art ne peut pas être recyclé car aucun artiste n’aimerait voir son art détruit. Selon ma vision hypothétique du futur, la planète Terre sera transformée en dépotoir géant d’objets d’art. Avec l’acte de l’objet de recyclage, et parfois même mes propres artéfacts  j’essaie d’éviter que ce scénario paradoxal se produise.

Récemment tu as créé une série de mandalas à partir de composants électroniques, que signifie cette contradiction ?

J’aime bien l’idée de combiner deux mondes qui n’ont rien en commun. La technologie électronique est devenue quelque chose de fondamentale dans notre vie quotidienne, presque quelque chose qu’il faut vénérer. Mes mandalas sont comme des gadgets éphémères capables d’ouvrir les yeux et les esprits des spectateurs à des images et des pensées de tous genres, sans le prendre trop au sérieux.  J’ai utilisé le mot éphémère car la technologie électronique est en quelque sorte, transitoire. Elle est constamment entrain de changer et peut facilement devenir obsolète, comme par exemple les mandalas de sable qui sont balayés après des journées de travail.

L’électronique et la spiritualité te semblent proche ?

Laissez-moi y penser ! Ce que je constate c’est qu’on utilise la technologie électronique comme on ne l’a jamais utilisée auparavant. Elle joue un rôle majeur dans tous les aspects de notre vie et il arrive qu’on y soit dépendants. La technologie a volé un peu de notre conscience, un lieu ou l’on devrait garder le « vrai moi ». La spiritualité l’a remplacé par quelque chose d’autre dont je ne suis pas certain, peut être une espèce d’uniformité mécanique. Nous croyons que nous possédons les objets mais dans certains cas ce sont les objets qui nous possèdent, justement pour ces raisons de dépendances. Peut être que la réponse est non, la spiritualité n’est pas proche de la technologie électronique car la technologie nous a prit une portion de notre conscience, or c’est ce qui fait qu’une personne est spirituelle.

Penses tu que l’électronique puisse être considérée comme une sorte de spiritualité moderne?

Je ne veux pas me contredire mais d’une certaine façon ça se peut. Comme je l’ai dit précédemment, nous vivons dans une société qui vénère ou dépend de la technologie électronique car elle nous fait penser que nous sommes des gens biens. Donc, en d’autres mots, elle peut devenir une nouvelle forme de spiritualité « à la mode ». Je suis prêt à tout voir. Je ne serais pas surpris d’apprendre que quelqu’un invente une nouvelle loi basée sur des puces plus rapides, super-assemblées avec des cristaux trouvés dans un lieu perdu sur la Terre !

Penses-tu que tout le monde est connecté, méditant avec les ondes ?

J’aime l’idée d’un monde composé de liens infinis entre les gens, les objets et les lieux, un peu comme les connections que je fais avec mes mandalas technologiques. J’aime penser que ce qui arrive à une partie de ce lien peut avoir un effet ou une conséquence invisible sur d’autres parties de ce lien. Je ne sais pas s’il existe une véritable connexion entre les esprits ou si la méditation nous aide à établir ce processus. Ce que je pense c’est que nous devrions considérer les minuscules et insignifiants évènements qui nous entourent. Ils peuvent nous aider à rester plus connectés au véritable sens de la vie. Je pense que l’art doit aussi tendre dans cette direction. En parlant de connections : l’autre jour j’ai mis mon vélo dans la cour et j’ai remarqué un arbre pour la première fois. L’arbre a toujours été là mais à cet instant précis j’ai réalisé que c’était un bouleau, comme ceux que j’avais dans mon jardin en Italie quand j’étais petit. Un petit moment d’attention qui m’a rendu heureux, à ce moment précis j’étais connecté.

Quels artistes ou scientifiques t’ont inspirés ?

Il y en a plusieurs que j’apprécie, mais je ne citerai que trois noms. Le premier est Joseph Beuys et le second, moins connu, mais tout aussi important est Paul Thek. Nicola Tesla est le scientifique qui continue à me surprendre.

Avec qui aimes tu collaborer ?

Ma dernière collaboration était une « week residency » en juillet avec l’artiste et ami Rupert Ludlow à la Syzy.gy space. A la fin de la semaine, nous avons produit une exposition basée sur l’idée de la mémoire, de l’espace, de l’architecture et de l’influence des alentours de la zone Elephant et Castle dans le sud de Londres. Je suis aussi co-fondateur et membre du groupe The Apathy Band, un projet d’art musical crée par l’artiste Bob et Robert Smith, à Londres. The Apathy Band est un collectif ouvert qui invite les spectateurs à en faire partie. Le plus important est d’y faire sa propre musique. Je suis chargé de créer un environnement sonore en utilisant mes jouets faits maison pendant que Bob et Robert Smith lisent leurs histoires surréalistes.

A quoi ressemble ton studio ?

Mon studio est petit mais rempli d’objets. Si j’avais une cour en face de mon studio, elle se transformerait en dépotoir de déchets plein de beaux objets et d’ordures. Dans mon studio j’aime faire mes petites expérimentations avec des gadgets électroniques ou modifier des vieux dispositifs de musique.

Raconte nous plus sur ta vie à Londres, ta ville, ce que tu aimes faire avec ton temps libre, et ou est-ce que tu trouves ton inspiration ?

Je fais des choses normales, je travaille en temps que technicien de l’art à la fac pour payer mes factures et quand j’ai du temps libre j’essaye de passer le plus de temps possible dans mon atelier à créer mes objets « Life is hard…Life is h-art » 😉 Très souvent, je trouve que les choses les plus inspirantes ne sont pas liés au monde de l’art, comme les films fantastiques, des publications bizarres ou des livres scientifiques.

Est-ce que tu pratiques la méditation ?

Pas d’une manière traditionnelle. Lorsque je travaille, pour moi, c’est comme méditer. La méditation est, pour moi, quelque chose qui a avoir avec la conscience et le bonheur. Par exemple, quand je fais mon mandala technologique, je dois suivre un ensemble de règles précis, et en aucun moyen je peux accélérer le processus. C’est une question de concentration sur l’œuvre, calmement, sans précipitation, comme la méditation.

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Comme une envie de courir nu dans la nature ?

Interview de Ruggero Maramotti, photographe

Comme une envie féroce d’aller courir nu dans un champs en Suède ? Ruggero Maramotti est un photographe italien vivant à Stockholm. Accro de paysages, il travaille la l’ombre et la lumière comme s’il utilisait de la peinture. Nord, Sud, Est, Ouest, les titres de ses séries sont une boussole dans sa nature sauvage !

– IDENTITÉ –

Naissance : 10/12/1976 Parme, Italie

Résidence : Stockholm

Média : Photographie

Sur le web : ruggeromaramotti.com

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– INTERVIEW –

Décris ton travail une phrase :

Mon travail représente l’impression d’un moment présent.

Quand est-ce que tu as pris ta première photo? Quand est-ce que tu as su que tu voulais être photographe ?

Quand j’avais 15 ans, pendant un voyage de classe à Prague, j’avais volé le Minox de mon père avec une pellicule noir et blanc. J’ai pris des photos d’immeubles tristes et moches de la République tchèque après-guerre à travers la fenêtre de mon bus. Des pellicules gâchées. A part ça, la première photo qui m’a donné envie d’être photographe, était une photo d’un chaton qui mangeait des têtes de truites. Elle reste l’une de mes préférées. Je voulais être photographe quand j’en ai eu marre d’être un assistant de photographe, un boulot que j’ai trouvé accidentellement. J’aimais l’idée de rendre un client heureux en un dixième de secondes et ce sentiment d’être indispensable me fait du bien.

Tu préfères le digital ou l’argentique ?

C’est une question délicate. Je préfère le digital pour les résultats immédiats et le contrôle direct que tu peux avoir sur l’image. C’est aussi plus écologique que l’argentique. Par ailleurs c’est un médium plus démocratique et populaire : avec un téléphone ou une caméra pas chère, n’importe qui peut prendre des images et les partager presque tout le temps gratuitement.

Qu’utilises-tu comme matériel ?

Un téléphone, un appareil numérique, un appareil photo sans miroir numérique, un appareil moyen format à pellicule et une petite camera 135 qui restent dans ma poche et fonctionne toujours.

Est-ce que tu retouches tes photos ?

Oui, je change les saturations, les contrastes et les couleurs.

Ton travail sur la lumière peut aussi représenter un travail sur le temps ? Qu’est-ce que tu essayes de réparer ?

J’essaye de colorer une mémoire et je filtre l’authenticité. Mes photos sont des souvenirs et des impressions empreintes d’un certain esthétisme. L’objectivité de la photographie ne m’intéresse pas et je m’échappe la réalité. Si j’avais des talents de peintre ou de dessinateur, j’essaierais d’obtenir le même résultat qu’avec mes photographies mais je ne suis pas doué dans ces domaines.

Ta dernière série de photo est structurée comme une boussole ?

Ces derniers mois et années, j’ai réalisé que mes photos me définissaient, les images que je montre sur mon site sont celles de ma famille, de mon environnement et de moi-même. Nord, Sud, Ouest, Est sont justes des divisions illustrative des images. Le Nord c’est la tête : il y a des photos ou des images qui me font penser à des souvenirs en particulier. Le Sud c’est le torse : c’est italien et il y a des images sur lesquelles j’ai transpiré. L’Ouest et l’Est contiennent mon amour, mes passions et mes bons ou mauvais souvenirs.

Quels courants artistiques t’inspirent ?

J’aime les peintures du romantisme allemand, Edvard Munch, Hammershøi et les artistes du Peredvizhniki, les peintres russes vagabonds. Ces géants sont des inspirations constantes pour le traitement de la lumières et de la mélancolie. Dans la photographie contemporaine, j’aime beaucoup les photos de paysages servant des fonds de portrait, comme par exemple Juergen Teller et ces travaux de mode.  Les portraits de famille de Sally Mann sont inspirants et touchants. Les images de Taryn Simon et ses concepts sont fantastiques et le dernier travail de Paolo Ventura est l’un des opéras les plus intenses que j’ai jamais vécu. En général, j’aime les paysages qui transcendent la photographie. Andreas Gursky et Florian Maier-Aichen sont, pour moi, les meilleurs.

Quels photographes admires-tu ?

Beaucoup ! Beaucoup ! Irving Penn et Diane Arbus me touchent à chaque fois. Parmi les maitres : j’étais impressionné et étonné par l’école Düsseldorf, leurs paysages et leurs concepts sont incroyables. Sternfeld et Shore sont aussi de grandes inspirations. Sugimito est un notre modèle. Pour moi, un autre grand artiste est Gerarth Roth, un photographe autrichien pas aussi connu que les autres.

Quels sont les photographes avec qui tu aimerais collaborer ?

Personne. C’est difficile de partager les mêmes idées ou d’imaginer quelque chose sans faire de compromis ou d’éviter les regrets plus tard.

Tu as vécu en Italie, en Suède et à Paris ? Peux-tu nous parler des différentes cultures ? Ou est-ce que tu te sens chez toi ?

Mon séjour à Paris se résume à de longues vacances, j’étais trop jeune ou naïf , j’ai craquer et j’ai gâché mon temps. J’ai profité de cette ville magnifique et j’allais presque tous les après-midi au cinéma. Tous les gens que je connaissais venaient d’autres pays du monde ou d’une autre ville française. Je n’ai jamais vu le vrai Paris ou connu de véritables parisiens. Puis j’ai déménagé à Milan, j’y ai vécu trois ans car ma mère vient de là-bas. C’est une super ville mais je n’ai jamais aimé l’agressivité des italiens, sans vouloir faire de généralité ils font beaucoup de bruit et tu les vois souvent. En arrivant en Suède, j’ai découvert que le machisme des italiens me pesait et je me sens plus chez moi dans un pays scandinave. En général, j’aime le rythme de vie des suédois, leurs valeurs, leur communauté et les paysages dans lesquels ils vivent. Parfois, j’ai l’impression qu’ils sont un peu froids ou trop carrés mais j’admire le rapport qu’ils ont à leur valeurs nationales sans être pour autant trop patriotiques. Ici à Stockholm, je construis le bonheur et j’ai enfin découvert ce qui me donne du réconfort : la nature sauvage. Ici je chasse et je pêche, j’ai deux petites filles jumelles et j’ai hâte d’aller forêt pour cueillir des champignons

A quoi ressemble ton studio ? Ton mode de vie ?

Je vais déménager pour être proche de l’école primaire de mes filles. Mon studio est une pièce que j’ai rénové avec un bureau, mon ordinateur, une vielle chaise et tout mon équipement. Je déménage bientôt. En ce qui concerne mon style de vie je dirais que je suis une personne discrète. Je dors peu, je me réveille toujours tôt même si je me couche tard. Je ne suis pas un fêtard. J’adore cuisiner et même si je me considère comme quelqu’un de sociable j’ai peu d’amis. Mes meilleurs amis sont ici en Suède et les autres un peu partout en Europe.

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L’entropie de la lumière

Interview d'Hannah Whitaker, photographe

Hannah Whitaker shoot à l’intérieur de caves. C’est sa caméra, une cavité qui laisse passer la lumière. Habitant à Brooklyn, la photographe expose son travaille un partout dans le monde. En 2012, elle était aux Rencontres d’Arles de la photographie. L’américaine se laisse guider par son contrôle ou son absence de contrôle de la lumière. Elle travaille la transposition visuelle du concept d’entropie et surtout les fuites.

IDENTITÉ –

Naissance : 1980 Washington DC

Résidence: Brooklyn, NY

Études / Parcours: Yale, ICP/Bard

Média: Photographie

Projets passés récents (2012): Publication du livre Imaginary Landscape No 1 / Exposition Galerie Christophe Gaillard, Paris, Present Company, Brooklyn, NY, The Vice Photo Show, Black and White Gallery, Brooklyn, NY, Les Rencontres d’Arles, Arles, France.

A venir / Actualité (2013): Exposition au Locust Projects a Miami, Tokyo Institute of Photography, Toyko Japan

Clients: DKNY, German GQ, InStyle Magazine, New York Magazine, New York Times Magazine, Marie Claire, O Magazine, Popular Noise, Shape Magazine, Spanish Glamour
Spanish Vogue, Teen Vogue, Time Magazine, Tommy Hilfiger, Vogue Mexico, W Magazine, Warp Records, Women’s Health

Sur le web: www.hwhitaker.com

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INTERVIEW –

Ton sujet préféré ?

Peut être photographier dans des caves. Il y a quelque chose de palpitant a l’intérieur d’une cave comme un territoire interdit. Une cave ça ressemble à une camera, c’est comme une cavité sombre qui permet à la lumière d’entrer. La vision est alors soit sur ou sous-exposée en fonction de la direction. Je comprends pourquoi Platon a trouvé qu’une cave était un lieu permettant une réflexion sur la nature des images.

Quel est ton processus créatif ? As-tu un rituel ?

Mes processus diffèrent selon les tournages à l’extérieur ou dans mon studio. J’intègre mes photos studio à mon rythme de vie pour en faire le plus régulièrement possible. J’aime aussi aller faire des expéditions photos pour tourner dans des endroits éloignés. Récemment, j’ai pensé mes photos comme étant des résultats d’expériences découlant de constructions visuelles, de mouvements répétitifs, de compositions musicales et même de mathématiques. La photographie donne à voir le résultat de ces systèmes qui ont permis de rassembler certains objets et processus.

Dans ton travail tu fais des liens entre photographie et peinture ?

Les questions théoriques à l’origine de mes photos sont issues d’un dialogue très photographique mais je suis influencée autant par des peintres que des photographes. Les histoires de la peinture et de la photographie sont intimement liées et ce qui m’intéresse c’est la migration des idées entre ces deux milieux. Dans une des mes expositions à la Thierry Goldberg Galerie a New York nommée The Use of Noise ce lien était très fort. La plupart des images présentaient des matériaux dégoulinants donnant aux photographies l’apparence de peintures. En outre, la plupart des photos on était prises en parallèle à un plan plat pour exprimer très peu de profondeur. J’ai essayé de contrebalancer ces effets picturaux en incluant certaines photos de personnes dans  des espaces réellement reconnaissables. Contrairement aux photos « plates », celles-ci utilisent un paradigme photographique qui est plus reconnaissable pour les spectateurs. Elles utilisent un langage que l’on pourrait reconnaitre dans un magazine, par exemple. Faire dialoguer des images plus lisibles avec des images plus complexes a parmis que l’expo soit autant photo que peinture. Je m’intéresse intégrer en photographie des éléments qui proviennent de la peinture à l’instar de l’abstraction géométrique. Cependant j’attache de l’importance à ce que la photographie ne se perde pas.

Les fuites de lumière qui sont ta marque de fabrique sont elles contrôlées ?

C’est un aspect qui me fascine, ne pas savoir ce que je reçois. La première fois que j’en ai fait un,je ne savais pas si mes supports de films faits maisons allaient marcher. Récemment, j’ai été influencée par John Cage et j’ai emprunté le principe fondateur d’une de ses compositions pour mon projet de livre récent, Imaginary Landscape No. Il m’a ouvert à l’idée que le contrôle (ou son absence) pouvait être un sujet à part entière et pas seulement une condition pour créer quelque chose.

Tu tentes de traduire visuellement l’entropie ?

L’entropie veut dire que l’univers évolue de l’ordre au désordre. J’essaye de traduire visuellement ce concept. Par exemple, les grilles et motifs sont importants pour l’ordre de l’image alors qu’un champ visuel cacophonique, sans aucune répétition, implique le désordre. Mon intérêt pour l’entropie vient de la tendance humaine à vouloir ordonner le monde et ses limites par des systèmes d’organisations. En conséquence, beaucoup de mes photos montrent des motifs en plus de choses désordonnées comme les racines d’un arbre tombé.

Est-ce que tu crois qu’il y a toujours un aspect incontrôlable dans un projet artistique ?

Il y a toujours des aspects incontrôlables dans un projet photo c’est inhérent à ce médium. Je crois que Diane Arbus a dit n’avoir jamais pris de photo prévue. Même les photographies très contrôlées (et les miennes le sont souvent) font place à l’accidentel et à l’inattendu. Il est impossible de planifier comment des cheveux vont tomber ni comment les tissus vont tendre. L’accidentel est l’un des plaisirs essentiel de la photographie.

Pour quelle raison donnes-tu cet effet cosmique à la matière terrestre ?

J’ai toujours aimé analyser pourquoi une image séduit donc je me livre a certaines ruses visuelles.  Je simule le drame  avec de la matière terrestre et banale, comme une critique des tendances visuelles.

Si tu pouvais faire une collaboration avec un autre artiste ?

Mon choix ambitieux serait Gerhard Richter. Mes expérimentations récentes avec les fuites de lumière et la peinture « éponge » sont deux processus d’enracinement dans l’effacement des images. Je pense que Richter utilises des photos d’une manière beaucoup plus complexe que la plupart des autres photographes et cela m’intrigue beaucoup.

Quel est ton rapport avec la nature ?

J’aime photographier dans un décor naturel, car il est une sorte de toile vierge, sans référence culturelle et il est dépourvu de tout apparat temporel ou social. La photo « est » est alors moins importante que la façon dont la photographie fonctionne. J’adore la nature. Je passe la plupart de mon temps à New York donc me retrouver dans la nature est un contraste plaisant.

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Du rêve au dessin

Interview de Micah Lidberg, illustrateur

Né à Kansas City, Micah Lidberg grandit dans un monde où règnent prairies et forêts. Après de nombreux voyages pendant de longues années il décide de retourner vivre dans sa ville natale et met à découper, coller et dessiner d’étranges créatures naviguant dans une jungle sauvage et dangereuse. Ce monde complexe qu’il décrit, un mélange de couleurs et de mouvements, il le réalise en associant typographie et dessin manuel ou digitale. Micah Lidberg élaborent des récits qui ne cessent d’évoluer dans une réalité alternative. La nature est très clairement le thème fondamental et principal de ses œuvres. Que ce soit sur tissu pour Lacoste, sur papier pour le New York Times, Crafty magazine ou Nobrow, Micah Lidberg propage son style dans tous les domaines.

– IDENTITÉ –

Lieu de naissance et de résidence : Kansas City, Missouri

Études/Parcours: Minneapolis College of Art and Design, University of Brighton, Angleterre

Média: Illustration

Clients : Beautiful/Decay, Computer Arts , Orion Publishing, New York Times Magazine, NIKE, NYLON, SkineSkin, Untitled Magazine, Visa, Lacoste L!VE

Expositions : Archive Gallery / Sacramento, California, Open Space Gallery / Beacon, New York, Illustrative 08 / Zurich, Switzerland, LCB Depot & Coningsby Gallery / Leicester & London, England

Sur le web: www.micahlidberg.com / Facebook  / Tumblr / Twitter

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Quelles sont tes inspirations ?
La science, l’histoire et la philosophie me motivent. Ces disciplines confèrent la part de mystère dans mon travail. Aussi, c’est ma grande curiosité qui a toujours été le moteur de mon travail !

As-tu un processus créatif ?
Il y a beaucoup de rêveries impliquées et souvent vers le début du projet. Une fois que j’ai « rêvé » la scène, je me met à travailler dessus.

Quels sont les outils que tu utilises ?
Pour dessiner, j’utilise un papier et un crayon. Pour colorier, j’utilise mon ordinateur.

Est-ce que ton corps est un outil créatif ?
Je pense que mes sentiments font certainement partie de mes outils, mes sentiments et mes intuitions sont comme des lésions dans la nature.

Sens tu une différence entre tes gestes manuels et digitaux ?
Le manuel m’apporte quelque chose de vivant, inexacte et un peu chaotique. Le digital est un outil qui raffine et perfectionne.

Tu penses que tu es entrain de créer un univers imaginaire ?
Dans une certaine mesure, oui. C’est n’est pas comme dans un rêve. Ça parait familier, mais c’est fascinant et nouveau en même temps. C’est un sentiment que je recherche dans mon travail.

Est-ce que l’art est un mouvement ?
Je crois que l’art est dicté par les mêmes flux de changements que l’évolution de la vie.

Te considères-tu comme étant un artiste ou un artisan ?
Aucun vraiment. Si je suis quelque chose, en ce moment dans ma vie, c’est un conteur.

Quels sont les sentiments que t’apporte la création ?

De l’excitation et de la découverte.

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« And on the 8th day God created dinosaurs, but called it quits before lunch | We are specimen from different planets, rendezvousing on the moon » pour Sing Statistics (Graphite, Encre, & Digital)

 

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« Pronghorn » pour DGPH (Graphite & Digital)

 

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« Angry Cloud » Projet Personnel (Encre et Digital)

 

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« My Favorite Things » Projet Personnel (Graphite & Digital)

 

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« Rendlesham Forest, 1980 | Late Night Rounds » pour Crafty Magazine (Graphite, Encre, & Digital)

 

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« Keats Speaks » pour le New York Times Sunday Magazine (Graphite & Digital)

 

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« Diamond » pour Beautiful/Decay Magazine (Encre & Digital)

 

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« Two Headed Lava Worm Delight » pour The Few Gallery (Graphite & Digital)

Le jaune : couleur du printemps, de l’opulence et des brûlures

Quelle symbolique cette couleur a dans nos esprits ? Les premiers rayons d’un soleil jaune vif nous posent la question, eux qui nous revigorent mais peuvent nous brûler la peau. À quelle image inconsciente se rattache une création artistique ?

Si le jaune rappelle à notre mémoire instinctive la chaleur, les oiseaux et éventuellement le logo de la poste, le jaune est une couleur ambivalente : celle de la vie éternelle dans de nombreuses croyances, de l’opulence mais aussi de la peau humaine quand la mort approche.

Paradoxalement, dans la cosmologie mexicaine, le jaune est la couleur de la terre fertile au moment des moissons et représente le mystérieux mouvement cyclique du renouveau, de la nouvelle vie. C’est le signe de la survie de l’âme après la mort et de la résurrection dans l’Eglise catholique. Le jaune est donc une évocation particulièrement puissante et royale, sa force brille et sa vision régénère.

Dans nos têtes d’occidentaux, on y voit un signe de richesse, c’est le soleil et l’or, ce métal en fusion qui coûte une blinde, que tous les traders s’arrachent sur les marchés boursiers et que les femmes vénales rêvent de posséder en monture.

Mais c’est aussi la couleur des dieux, des rois et donc du pouvoir. Qui dit pouvoir dit abus d’où l’ambivalence de sa signification. C’est l’autre versant, l’envers de décor. Le noir est son opposé et son complémentaire dans la tradition chinoise.

La luminosité du jaune peut passer du côté obscur de la force par l’orgueil et la perversion. La croix des juifs persécutés est jaune elle aussi.

Le plasticien Mircéa Cantor n’en rit pas jaune. Lauréat du prix Marcel Duchamp en 2011 et dernièrement en exposition au Centre Pompidou, on notera une récurrence des brûlures humaines, du feu, du mais et de beaucoup de jaune dans son travail plastique questionnant les rapports entre vie et mort.

Après, heureusement que le jaune existe, c’est grâce à lui qu’on reconnaît un mauvais footballeur, un Ricard et un marseillais vivant à Paris (il dit jône).

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Crédits : Mircea Cantor