Les monstres charmants d’Amandine Urruty

Les illustrations acidulées d’Amandine Urruty présentent des mises en scènes de personnages hybrides, mi-humains charmants, mi-monstres dégoulinants, des compositions aux allures de fresques baroques.

Compacts, ses dessins, naïfs et amusants, contiennent un double niveau de lecture. L’artiste introduit des références au crasseux, au vicieux et au fantasme sexuel sans jamais tomber dans un registre gore. Elle s’inspire de vieux jouets qu’elle récupère, d’animaux moches trouvés sur Internet, des compositions mystiques et religieuses du peintre Jérôme Bosch. Elle aime la peinture néo-classique qui frôle le kitsh, les derniers tableaux de David.

Ses dessins très détaillés sont issus de multiples croquis transposés à une plus grande échelle. Amandine Urruty décide des couleurs comme dans un jeu de sudoku, sa contrainte est de ne jamais les répéter. Plus elle étoffe l’arrière-plan de ses images, plus ses protagonistes se complexifient et s’entremêlent créant d’eux-mêmes de nouvelles strates et une sorte de perspective globale. À ses personnages schématisés, sans pied ni main avec seulement des yeux rappelant ceux des dessins animés japonais, elle ajoute des masques, des museaux, des gants. Se rapprochant ainsi de l’imaginaire du monstre construit sur la juxtaposition de membres, elle détourne des éléments de leur contexte. Nez de porc, gruyère, dentifrice, éponge, salami contribuent à former les créatures dégoulinantes de ses illustrations. Finalement, des excroissances apparaissent et relient les personnages entre eux constituant une sorte de labyrinthe sans fin. Cette multitude de détails plonge dans une re-découverte ludique et intrigante.

Entretien avec le pochoiriste activiste Réro

Artiste plasticien activiste, Rero réalise des ouvres conceptuelles qui relient problématique économique, notion de propriété et message politique. Un mélange entre le réel du street art et le virtuel d’Internet est représenté par des textes barrés.

Ses citations telles que « J’aurais préféré un mur blanc plutôt que cette affiche de merde »,  « I hate graffiti », « What you see is what you get (WYSIWYG) » ou encore « We are sorry this image is not available », se retrouvent sur des affiches, toiles, papiers gaufrés, dans des lieux publics ou clos. L’espace et le support sur lesquels ils sont inscrits leur confèrent leur signification. Né en 1983, Rero a exposé son travail à l’Hybride de Lille, au Antje Oeklesund de Berlin, à la Maison des Métallos à Paris ou encore à la Bibliothèque Nationale de France. Il est représenté par la galerie française Backslash.

Ton art semble être influencé par le graffiti et des considérations économiques et sociales ?

Comme tout jeune de ma génération j’ai été influencé par le mouvement graffiti. Horreur était mon pseudonyme puis je l’ai utilisé à l’envers car je travaillais dans un milieu clos, sur des toiles, des affiches du bois. Cela a donné Rero et cela représente mon interprétation de ce courant artistique. Le mouvement graffiti est issu des codes des années 1980. Aujourd’hui cela n’a plus de sens pour moi. La seule chose que j’en ai gardé est cette idée de l’appropriation d’un espace non destiné à l’expression artistique. Mes études d’économie et de sociologie m’ont conduit à intégrer des questions de société dans mes créations. Les publicitaires payent pour avoir un panneau publicitaire. Pourquoi cet espace ne serait pas un lieu d’exposition ? Avec le graffiti c’est l’aspect social plus qu’artistique qui m’intéresse. Dans la rue, mon travail est un laboratoire d’éducation civique.

Parle nous de ton processus de création, comment décides-tu des textes qui constituent ton travail et pourquoi les barrer par la suite ?

Je ne suis pas instinctif, les textes je les pense pendant de longues périodes. Quand je suis sur un lieu, je réfléchis à quelle phrase peut correspondre au mieux. Mon travail n’a alors de sens que dans son contexte. Chaque mot que j’écris a son interprétation en fonction de l’espace et de la personne qui le lit. Je souhaite que chacun y trouve son sens. Barrer permet à la fois de zoomer, de donner plus d’importance au mot et de créer une interrogation sur le moment. L’inconscient est perturbé, le cerveau se demande s’il doit lire l’inverse. Est ce l’auteur qui s’est auto censuré ? A t’il changé d’avis ? C’est alors la démarche, l’étape qui est œuvre d’art, aller dans un lieu, écrire un texte et le barrer. Mes créations sont ironiques et drôles, elles doivent être prises à la légère. Avec l’oeuvre « On s’en fout » je reviens sur le sentiment de fatalité de notre société existant depuis mai 1968. Travailler dans la rue est de l’activisme car il faut se prendre en main. On est tous responsables. « On s’en fout » à l’envers signifie « indignez vous ». Réagissez, on peut faire changer les choses.

Tu dis interroger les codes de la propriété publique ?

Le graffiti est une violation de la propriété c’est ce qui relie chaque création « street art » entre elles. S’exprimer sur un support qui n’est pas légalement libre. Les panneaux d’affichage sont privés. Les murs sont de la propriété de la copropriété. Le contribuable paye le nettoyage du street art. Ces dépenses permettent de financer l’œuvre de Réro. Ici ce n’est pas la production mais la destruction qui est payée par le contribuable.

Tes textes sont souvent issus du langage Internet, comment expliques-tu ce parallèle entre le langage du Web et ta pratique street art ?

J’utilise systématiquement la police Verdanna pour écrire mes textes car elle n’a pas d’empattement, elle est donc très lisible. Mes créations s’éloignent ainsi des graffitis qui sont souvent durs à lire. Elles se rapprochent du Web car cette typographie est la plus utilisée sur Internet. D’autre part, le mouvement Graffiti s’est développé grâce à Internet. Il est rare de voir en vrai une œuvre in situ. Celles-ci sont reproduites et mises en ligne, Internet est le premier véhiculeur d’images street art. Avec « What you see is what you get », j’exprime l’idée que ce que tu as à l’écran tu l’as en affiche. Le virtuel devient réel car tout est question de perception. À l’inverse, la typographie virtuelle est ramenée dans le réel pour lier street art et Internet. « Error 404 » exprime le lien manquant sur Internet. Tu ne peux pas accéder à une page car celle-ci n’existe plus mais le lien n’a pas été supprimé. Dans un lieu abandonné, écrire cette phrase sur un mur m’a permis de faire entre le virtuel dans le réel et exprime le fait de chercher quelque chose qui n’existe plus.

Peux-tu nous expliquer la signification des installations traitant de l’influence de Google présentées à la galerie Backslash ?

Avec l’installation évoquant les livres numérisés par Google, je voulais que la personne qui entre dans la pièce se croit dans un lieu abandonné. Certains livres sont encadrés et figés dans la résine quant d’autres sont posés en tas. C’est un moyen de sacraliser le livre physique. Je souhaitais créer une réaction. Le livre n’est plus le seul moyen d’archiver une connaissance. Avec la numérisation sans droit d’auteur par Google, il n’est plus nécessaire de représenter physiquement une réflexion. Google détient désormais toute la culture. Avec « Made in China », j’ai repris 236 mots censurés sur Google Chine. Chaque mot est sur une feuille A4 cloué au mur afin de les représenter comme une œuvre d’art et de les mettre en avant de façon particulière. C’est un moyen de sacraliser ce qui est censuré, dissimulé.

Enfin tu apposes le mot « Dégage » sur un immeuble en référence aux évènements survenus en Tunisie, que veut dire cet acte ?

Le terme « Dégage » a acquis une dimension magique, depuis que les jeunes Tunisiens rassemblés par milliers l’après midi du 14 janvier 2011 sur l’Avenue Bourguiba, à Tunis, l’ont scandé à l’intention d’un dictateur qui, le soir même, avait pris la fuite en quittant son pays. L’immeuble qui accueille cette œuvre éphémère est situé au 81-83 rue du Chevaleret et appartient à Paris Habitat. Il doit être détruit d’ici quelques mois afin de laisser place à un programme de construction de 25 logements familiaux et 127 logements pour étudiants.

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Ces femmes qui deviennent des héroines

Portrait de JR

Pour son projet Women are Heroes, JR colle des impressions géantes de portraits de femmes des favelas de Rio, des bidonvilles kenyans, des rues de Mumbai et du Cambodge. Sur les habitations, les toits, sur les trains, les bus de leurs quartiers. Un art participatif, les populations elles-mêmes installent les bâches de l’artiste. Ces femmes ordinaires deviennent héroïnes. Leurs visages questionnent les murs et les habitudes. Une photographie finale immortalise cette action éphémère.

JR transgresse les échelles, il colle un portrait zoomé sur une façade. Sans la permission des autorités, il franchit les barrières pour exposer celles dont la voix ne compte pas. Malgré les tabous sociaux, il shoote les femmes qu’il convainc d’apparaître dans son projet. Il les étudie à travers sa focale. Son appareil, un 28 mm, le pousse à travailler de très près, il sent leur souffle, leur odeur. Souriantes, vivantes il aime lorsqu’elles grimacent.

Il retranscrit cette proximité à taille géante, des impressions de plusieurs mètres sont exposées dans les villes des sujets. Les images s’imposent, leurs formats retiennent l’attention. Il souhaite mettre en avant ces femmes ignorées par leur société. Il faut poursuivre la lutte sur la voie de l’émancipation. JR oblige les médias à revoir, les populations à regarder.

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Le parcours de l’artiste féministe iranienne Shirin Neshat

Née en Iran, Shirin Neshat part vivre aux Etats-Unis à l’âge de dix-sept ans. Elle ne reviendra dans son pays d’origine que seize ans plus tard. Le choc de la régression sociale et de la condition de la femme depuis la révolution islamique la mène sur la voie de la démonstration artistique. Photographe, vidéaste, plasticienne, son art conceptuel réside dans les confrontations plastiques et symboliques qu’elle utilise pour expliquer la complexité de la société iranienne.

En 1994, elle réalise le projet Women of Allah, des portraits de femmes voilées recouvertes de calligraphie priant et utilisant des armes. À l’encre noire à même le tirage, elle ajoute des poèmes féministes et des discours pro-islamistes. Quand l’écriture farsi rappelle l’identité de son pays, la richesse de sa culture littéraire et artistique, le corps est symbole de la maltraitance actuelle. Le combat mené par la femme doit permettre à l’Iran de retrouver son identité.

En 1999, elle remporte le Lion d’Or de la Biennale de Venise pour son installation vidéo Turbulent qui oppose homme et femme, ombre et lumière, dominé et dominant.

Shirin Neshat présente en 2008 son projet Women without men à la galerie Jérôme de Noirmont. Un long-métrage retraçant l’histoire de cinq femmes iraniennes apprenant à vivre avec les difficultés d’une société islamiste, d’un pays en crise politique durant l’été 1953. La CIA soutient le coup d’Etat du Shah et crée la frustration chez le peuple iranien. Femme prostituée, activiste, violée. Leur courage, leur force intellectuelle et spirituelle sont mis en avant par l’artiste. La distance entre utopie et réalité crée un choc. Les images saturées rappellent les contes de fées amers. L’artiste aborde les notions de refuge et d’asile, elle-même tiraillée entre rêve et critique d’un pays regretté. Le destin de ces femmes est universel. Les œuvres de l’artiste créent cette émotion viscérale qui identifie à ces Iraniennes.

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Curation d’expositions et d’installations artistiques à Paris

2012

De 2010 à 2012, j’ai organisé une trentaine d’expositions d’art à Paris dans des lieux atypiques et originaux comme le Café A, le couvent des Récollets, La Bellevilloise, Le Café Caché du Centquatre, Le Barbershop.

En fonction de chaque atmosphère je sélectionnais des graphistes, des illustrateurs, des dessinateurs qui imaginaient des créations en interaction avec l’environnement (des fresques géantes, des installations en volume, des projections numériques) et avec le public créant des espaces féériques hors du temps.

Voici une sélection d’images.

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Fresque in situ, A&M, 2012.

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Oeuvre, collaboration Fakepaper et Frédérique Vernillet, 2012. 

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Papier peint et dessins, Frédérique Vernillet, 2012.

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Vue d’exposition, Café Caché du Centquatre, 2012. 

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Installation in situ, BM&fils, 2012.

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Oeuvre, Sérigraphie, Les Graphiquants, 2011.

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Installation in situ, Fakepaper, 2012.

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Oeuvres, photographies, Ozcollective, 2012.

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Vue d’exposition, Café A – Couvent des Récollets, 2012.

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Sculpture, Little K, 2011.

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Oeuvres, dessins, Salem Mostefaoui, 2011.

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Fresque in situ, A&M, 2011.

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Oeuvres, Arnaud Crassat, 2011.

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Oeuvres, dessin, A&M, 2011.

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Vue d’exposition, Café A – Couvent des Récollets, 2011. 

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Vue d’exposition, Bellevilloise, 2011. 

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Vue d’exposition, Barbershop Paris, 2011. 

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Installation in situ, Doriane Souilhol, 2011.