Olivia Zeitline

S'éveiller au grand tout

La grande souffrance réveille et nous ouvre au néant créateur

On passe sa vie à essayer de ne pas souffrir, on fait tout pour tout bien réussir, éviter les pièges et slalomer entre les difficultés. En réalité, en évitant, on ne se mouille pas, on ne saute pas dans l’eau, dans le courant puissant de l’univers. On passe sa vie à éviter de vivre. La grande souffrance réveille, la grande souffrance nous ouvre au néant créateur.

L’univers est composé à plus de 99,999..% de vide, l’univers est un immense trou noir et pour nous éveiller, nous devons plonger dans ce vide. Ce vide qui révèle alors le tout. C’est donc en contactant notre plus grande souffrance que nous plongeons dans le vide et ouvrons les portes de l’infini du paisible paradis de notre âme, les portes de notre Être.

Depuis enfant, nous pensons que nous sommes en fonction de ce que nous faisons, de ce que nous avons ou de la manière dont les autres nous définissent. Nous sommes professeurs, nous sommes artistes, nous sommes cadres, nous sommes heureux, nous sommes méchants, nous sommes meilleurs, nous sommes honnêtes, nous sommes riches, nous sommes pauvres, nous sommes cyniques, nous sommes déprimés. Or, à chaque fois que nous sommes quelque chose, nous nous rétrécissons et en réalité nous ne sommes plus car nous ne pouvons être que l’infini du monde. Nous ne sommes rien et tout à la fois et c’est seulement en touchant du doigt ce rien que nous ouvrons le tout.

Nous voulons être ceci ou cela, nous voulons devenir, nous nous accrochons avec ferveur à nos désirs, nos envies d’appartenance, de réalisation. Or, dans le vide, rien n’a à être réalisé puisque tout est déjà là.

S’éveiller au vide est une étape difficile, car elle demande de faire le deuil de tout ce qui semble nous stimuler, faire le deuil de tout ce que nous voulons plus que tout au monde et à quoi nous nous accrochons pour ne pas tomber. Tout ce qui crée notre souffrance. Êtes-vous prêts à perdre ce que vous avez de plus précieux, à perdre les espoirs auxquels vous vous accrochez pour ne pas perdre la face ? Êtes-vous prêts à plonger dans votre souffrance pour y trouver le plus grand des trésors ?

Alors sautez dans votre doux-leurre, car une fois le leurre dévoilé, une fois le voile traversé, il ne reste plus rien. Plus aucun tumulte. Nous pouvons tout traverser. En réalité, la souffrance aussi est illusion. De même, la dépendance, le manque, l’horreur font partie du rien et donc du grand Tout. Tout ça s’efface pour s’ouvrir sur une ligne cosmique inaltérable. Quand nous sortons la tête de l’eau après le plongeon, nous nageons tranquillement et sereinement. Même les plus violents remous ne nous font plus peur. Et c’est alors une étincelle que s’ouvre au fin fond de notre vide. Le calme s’installe et le monde n’est plus le même. Notre monde ne se ressemble plus car nous percevons à chaque instant que nous sommes juste un filtre.

Quand tout est perdu, plus rien n’a d’importance, le vide s’installe en nous et c’est de là que s’ouvre ce qui doit être. La création ultime pointe à l’horizon du non espace-temps de notre existence et nous créons sans le vouloir, nous accomplissons sans enjeu, nous sommes d’une puissance indéfinissable puisque soutenue par toute la force gravitationnelle de l’univers qui tourne en notre faveur.