August 2019

Commencer à vivre le monde que nous voulons dans notre propre vie

J’ai rencontré Cyril Dion, 35 ans ancien comédien, bientôt écrivain et réalisateur, cofondateur du mouvement Colibris prônant de nouvelles formes d’agriculture, d’éducation, de valeurs humaines, un changement de société. Si les solutions pour faire évoluer le système existent pourquoi ne se mettent-elles pas en place ? Que pouvons nous faire à notre petite échelle ? Il a répond un truc super simple mais tellement vrai : il faut commencer par être heureux nous mêmes car quand on agit cela a une conséquence sur l’ensemble de la planète.

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Qui es-tu ? que fais-tu de ton temps ? As-tu déjà changé de vie ?

Oui, J’ai déjà changé de vie 2 ou 3 fois.

J’ai fait des études d’art dramatique et j’ai travaillé pendant 2 ans en tant qu’acteur avant de me rendre compte que cette vie la n’était pas faite pour moi. J’avais fait ce métier pour faire de l’art et je me retrouvais à faire des publicités et des téléfilms. J’ai donc essayé de changer, je me suis arrêté un an pour écrire. J’écris depuis que j’ai 12 ans. Puis j’ai cherché comment allier écriture et activité professionnelle. Je me suis formé en réflexologie plantaire et je bossais en entreprise. Je massais les cadres de l’industrie du disque qui venaient relâcher toute leur angoisse et leur stress pendant ce petit moment de pause. J’ai fait ça pendant un an puis c’est devenu plus difficile car l’industrie du disque se cassait la figure. À ce moment la j’ai rencontré Alain Michel qui montait une fondation (Hommes de parole) et cherchait un coordinateur de projet pour monter un congrès israélo-palestinien en Suisse. Je n’avais jamais fait ça de ma vie mais comme il est un peu fou il m’a fait confiance ! Ensuite nous avons organisé ensemble et avec toute une équipe le premier et le deuxième congrès mondial des imams et des rabbins pour la paix. J’ai fait ça pendant 5/6 ans.

À l’issue de quoi j’ai à nouveau eu envie de changer. J’étais fatigué et déçu de ce milieu très politique. Je me suis dit que le changement devait venir de la base, des gens. J’ai alors été sollicité par Isabelle Desplats et quelques personnes qui cherchaient quelqu’un pour monter un mouvement autour des idées de Pierre Rabhi. C’est ainsi que j’ai eu la chance de créer le mouvement Colibris. J’ai fait ça pendant 7 ans. L’an dernier j’ai demandé à arrêter de diriger le mouvement pour garder juste un rôle de porte parole et de co-fondateur et me consacrer au magazine Kaizen (que nous avions monté entretemps) et à un film documentaire que je vais tourner avec Mélanie Laurent.

C’est à nouveau un moment de changement où je ressens très fort le besoin d’unir mon engagement et mes aspirations à créer. Un recueil de poèmes va être publié aux éditions de la Table ronde au mois de mars/avril 2014. Je suis en train de retourner vers mes premiers amours, mes activités artistiques, mais en essayant de les faire participer au changement de la société.

La faim dans le monde n’est pas une fatalité ?

Non bien sûr. Nous serions d’ores et déjà en mesure de nourrir la planète avec le gâchis alimentaire : ce que jettent chaque année les Américains et les Anglais suffirait à nourrir le milliard de personnes qui souffrent de la faim dans le monde.

Parallèlement, nous avons besoin de profondément transformer le système agricole qui fait que de nombreux paysans dans le monde ne mangent pas à leur faim. Ils sont entraînés dans une logique de marché par laquelle ils produisent pour l’exportation et délaissent l’agriculture vivrière de leur pays. On a besoin de retourner vers une agriculture de plus petite taille dans laquelle chaque pays puisse produire ce dont ils ont besoin et avec des techniques n’utilisant pas de pétrole ni de pesticides.

Avec le mouvement Colibris, nous défendons l’agroécologie qui est une façon de faire de l’agriculture en prenant en compte tout un écosystème. Aujourd’hui des études montrent et notamment un rapport de l’Onu paru en mars 2011 et qu’il est possible de multiplier par 2 les rendements dans les 10 ans