April 2020

L’homme qui crée des nuages – Interview de Berndnaut Smilde

Dans le cadre de notre dossier sur le climat, nous sommes allés poser des questions à l’homme qui crée des nuages. Oui vous avez bien entendu, le plasticien hollandais Berndnaut Smilde simule des nuages grandeur nature dans des espaces clos pour en faire des œuvres d’art. Son travail pose cette question : l’homme sera-t’il un jour capable de recréer les éléments ? En cas de réchauffement climatique cela serait bien pratique.

– IDENTITÉ –

Résidence : Amsterdam

Naissance : 1978

Formation : BA Fine Art, Minerva Academy, Hanzehogeschool, Groningen // MA Fine Art, Frank Mohr Institute, Hanzehogeschool, Groningen.

Expositions : un paquet d’événements à travers le monde (voir son CV)

Site Web : www.berndnaut.nl

– INTERVEW –

Peux tu nous décrire ton travail artistique en une phrase ? Je travaille souvent en fonction du site : je réagis à une architecture, une histoire ou à un lieu.

La dimension éphémère de tes nuages les rend-ils plus intenses ? Oui, je pense que la perfection et son caractère transitoire sont toujours liés.

Tes créations semblent avoir un esprit, tes nuages sont comme des sortes de fantômes, sont-elles hantées ? Les gens ont toujours eu un rapport métaphysique fort avec les nuages, car ils symbolisent l’angoisse, la fertilité, la chance et la divinité. Ils incarnent aussi la malchance et la disparition. Le caractère angoissant du mes nuages vient non pas de sa forme mais du fait de le placer hors de son contexte naturel. Dans mes installations, c’est le caractère anormal de la situation qui est angoissant.

Ton travail est à la frontière entre réalité et fiction, dans quel monde te sens-tu le plus à l’aise? La réalité, sans hésitation. Mais je trouve intéressant de situer l’œuvre dans un entre-deux, entre la réalité et la représentation, d’une manière qui traduise un potentiel, mais jamais une fonction.

L’utilisation de la lumière est aussi une composante très importante de tes installationsUnflattened, est une pièce dans laquelle je projetais un spectre de couleurs sur un paysage idéalisé. L’arc en ciel est obtenu grâce à un prisme et à une petite lumière. L’œuvre traite de d’image de l’arc en ciel, et de ce à quoi on l’associe, comme la perfection et les promesses. Mais ce qui me plait dans le prisme, c’est qu’il montre vraiment la manière dont nous voyons les choses. C’est en décomposant la lumière du jour qu’on perçoit ce qui nous entoure.

Qu’est ce qui t’a décidé à reproduire des nuages dans des espaces clos ? J’ai créé mon premier Nimbus en 2010, pour Probe, un espace dédié aux projets artistiques. Probe est un espace d’exposition de 6 m2, c’est très petit. Ce changement d’échelle permet de créer des œuvres qu’il serait impossible de réaliser dans la vie réelle. Je voulais voir s’il était possible d’exposer un nuage. Comme le lieu est modulable et de petite taille, on en maitrise tous les paramètres : c’était parfait. C’est l’une des raisons pour lesquelles je pense qu’un modèle a valeur d’idée. J’ai fait de l’espace d’exposition ma vision idéale du hall de musée où je voudrais présenter une situation inquiétante.

D’une certaine façon essaies-tu de contrôler le climat ? On pourrait dire qu’en coinçant la nature dans un espace donné, je la déconstruis ou j’essaie de la contrôler. En fait, je m’intéresse surtout au potentiel de l’idée. La tentative est vouée à l’échec, mais pendant un bref instant vous transportez l’image d’un nuage dans un espace, et commencez à créer de nouvelles connexions. Cela pose aussi la question de savoir si une sculpture peut exister du simple fait d’exposer de l’air.

Comment élabores-tu tes installations ? Les lieux sont importants pour définir le contexte de l’œuvre. Par certains aspects, les endroits dans lesquels je travaille sont proches d’espaces d’exposition, et du coup ils remettent en cause l’œuvre d’art en tant que telle.

La chapelle de «hotelMariaKapel» insiste sur les références au caractère divin et transitoire de l’œuvre. L’architecture occupe également une place importante dans «Nimbus D’aspremont». Le château originel a été utilisé pour servir d’hôpital militaire et d’institution pour les maladies mentales. Le contraste entre ces différentes fonctions est encore perceptible.

Dans mes travaux les plus récents, l’architecture en tant