Berndnaut Smilde

L’homme qui crée des nuages – Interview de Berndnaut Smilde

Dans le cadre de notre dossier sur le climat, nous sommes allés poser des questions à l’homme qui crée des nuages. Oui vous avez bien entendu, le plasticien hollandais Berndnaut Smilde simule des nuages grandeur nature dans des espaces clos pour en faire des œuvres d’art. Son travail pose cette question : l’homme sera-t’il un jour capable de recréer les éléments ? En cas de réchauffement climatique cela serait bien pratique.

– IDENTITÉ –

Résidence : Amsterdam

Naissance : 1978

Formation : BA Fine Art, Minerva Academy, Hanzehogeschool, Groningen // MA Fine Art, Frank Mohr Institute, Hanzehogeschool, Groningen.

Expositions : un paquet d’événements à travers le monde (voir son CV)

Site Web : www.berndnaut.nl

– INTERVEW –

Peux tu nous décrire ton travail artistique en une phrase ? Je travaille souvent en fonction du site : je réagis à une architecture, une histoire ou à un lieu.

La dimension éphémère de tes nuages les rend-ils plus intenses ? Oui, je pense que la perfection et son caractère transitoire sont toujours liés.

Tes créations semblent avoir un esprit, tes nuages sont comme des sortes de fantômes, sont-elles hantées ? Les gens ont toujours eu un rapport métaphysique fort avec les nuages, car ils symbolisent l’angoisse, la fertilité, la chance et la divinité. Ils incarnent aussi la malchance et la disparition. Le caractère angoissant du mes nuages vient non pas de sa forme mais du fait de le placer hors de son contexte naturel. Dans mes installations, c’est le caractère anormal de la situation qui est angoissant.

Ton travail est à la frontière entre réalité et fiction, dans quel monde te sens-tu le plus à l’aise? La réalité, sans hésitation. Mais je trouve intéressant de situer l’œuvre dans un entre-deux, entre la réalité et la représentation, d’une manière qui traduise un potentiel, mais jamais une fonction.

L’utilisation de la lumière est aussi une composante très importante de tes installationsUnflattened, est une pièce dans laquelle je projetais un spectre de couleurs sur un paysage idéalisé. L’arc en ciel est obtenu grâce à un prisme et à une petite lumière. L’œuvre traite de d’image de l’arc en ciel, et de ce à quoi on l’associe, comme la perfection et les promesses. Mais ce qui me plait dans le prisme, c’est qu’il montre vraiment la manière dont nous voyons les choses. C’est en décomposant la lumière du jour qu’on perçoit ce qui nous entoure.

Qu’est ce qui t’a décidé à reproduire des nuages dans des espaces clos ? J’ai créé mon premier Nimbus en 2010, pour Probe, un espace dédié aux projets artistiques. Probe est un espace d’exposition de 6 m2, c’est très petit. Ce changement d’échelle permet de créer des œuvres qu’il serait impossible de réaliser dans la vie réelle. Je voulais voir s’il était possible d’exposer un nuage. Comme le lieu est modulable et de petite taille, on en maitrise tous les paramètres : c’était parfait. C’est l’une des raisons pour lesquelles je pense qu’un modèle a valeur d’idée. J’ai fait de l’espace d’exposition ma vision idéale du hall de musée où je voudrais présenter une situation inquiétante.

D’une certaine façon essaies-tu de contrôler le climat ? On pourrait dire qu’en coinçant la nature dans un espace donné, je la déconstruis ou j’essaie de la contrôler. En fait, je m’intéresse surtout au potentiel de l’idée. La tentative est vouée à l’échec, mais pendant un bref instant vous transportez l’image d’un nuage dans un espace, et commencez à créer de nouvelles connexions. Cela pose aussi la question de savoir si une sculpture peut exister du simple fait d’exposer de l’air.

Comment élabores-tu tes installations ? Les lieux sont importants pour définir le contexte de l’œuvre. Par certains aspects, les endroits dans lesquels je travaille sont proches d’espaces d’exposition, et du coup ils remettent en cause l’œuvre d’art en tant que telle.

La chapelle de «hotelMariaKapel» insiste sur les références au caractère divin et transitoire de l’œuvre. L’architecture occupe également une place importante dans «Nimbus D’aspremont». Le château originel a été utilisé pour servir d’hôpital militaire et d’institution pour les maladies mentales. Le contraste entre ces différentes fonctions est encore perceptible.

Dans mes travaux les plus récents, l’architecture en tant

Réécrire présente l’exposition de Dai Dai Tran & Aurélie Prigent

Réécrire présente l’exposition de Dai Dai Tran & Aurélie Prigent

Réécrire organise une exposition des illustrations de Dai Dai Tran et Aurélie Prigent. A découvrir l’installation et les sérigraphies de Dai Dai Tran réalisées pour le lieu. Vernissage + DJ set le jeudi 27 octobre (19h-2h). Au Barbershop, 68 avenue de la République, 75011 Paris.

S’inspirant des codes issues des cultures urbaines, Dai Dai Tran rend homage à des virtuoses du jazz à travers cette nouvelle exposition. En mixant techniques manuelles et technologiques, il représente Miles Davis, Herbie Hancock & John Coltrane à l’aide d’une multitude de lignes géométriques. Déjà auteur de nombreuses expositions et projets artistiques, ses creations se ressemblent en ce qu’il fluidifie la matière charnelle pour s’approcher toujours plus de la transparence.

Suivant ses pulsions frénétiques, Aurélie Prigent développe sans cesse de nouveaux motifs et mixe les techniques et les matières pour créer des femmes féériques aux longs cheveux et aux grandes jambes. Collage et dessin s’assemblent pour former des illustrations grouillantes et fleuries.

Réécrire présente l’exposition de Dai Dai Tran & Aurélie Prigent

Commencer à vivre le monde que nous voulons dans notre propre vie

J’ai rencontré Cyril Dion, 35 ans ancien comédien, bientôt écrivain et réalisateur, cofondateur du mouvement Colibris prônant de nouvelles formes d’agriculture, d’éducation, de valeurs humaines, un changement de société. Si les solutions pour faire évoluer le système existent pourquoi ne se mettent-elles pas en place ? Que pouvons nous faire à notre petite échelle ? Il a répond un truc super simple mais tellement vrai : il faut commencer par être heureux nous mêmes car quand on agit cela a une conséquence sur l’ensemble de la planète.

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Qui es-tu ? que fais-tu de ton temps ? As-tu déjà changé de vie ?

Oui, J’ai déjà changé de vie 2 ou 3 fois.

J’ai fait des études d’art dramatique et j’ai travaillé pendant 2 ans en tant qu’acteur avant de me rendre compte que cette vie la n’était pas faite pour moi. J’avais fait ce métier pour faire de l’art et je me retrouvais à faire des publicités et des téléfilms. J’ai donc essayé de changer, je me suis arrêté un an pour écrire. J’écris depuis que j’ai 12 ans. Puis j’ai cherché comment allier écriture et activité professionnelle. Je me suis formé en réflexologie plantaire et je bossais en entreprise. Je massais les cadres de l’industrie du disque qui venaient relâcher toute leur angoisse et leur stress pendant ce petit moment de pause. J’ai fait ça pendant un an puis c’est devenu plus difficile car l’industrie du disque se cassait la figure. À ce moment la j’ai rencontré Alain Michel qui montait une fondation (Hommes de parole) et cherchait un coordinateur de projet pour monter un congrès israélo-palestinien en Suisse. Je n’avais jamais fait ça de ma vie mais comme il est un peu fou il m’a fait confiance ! Ensuite nous avons organisé ensemble et avec toute une équipe le premier et le deuxième congrès mondial des imams et des rabbins pour la paix. J’ai fait ça pendant 5/6 ans.

À l’issue de quoi j’ai à nouveau eu envie de changer. J’étais fatigué et déçu de ce milieu très politique. Je me suis dit que le changement devait venir de la base, des gens. J’ai alors été sollicité par Isabelle Desplats et quelques personnes qui cherchaient quelqu’un pour monter un mouvement autour des idées de Pierre Rabhi. C’est ainsi que j’ai eu la chance de créer le mouvement Colibris. J’ai fait ça pendant 7 ans. L’an dernier j’ai demandé à arrêter de diriger le mouvement pour garder juste un rôle de porte parole et de co-fondateur et me consacrer au magazine Kaizen (que nous avions monté entretemps) et à un film documentaire que je vais tourner avec Mélanie Laurent.

C’est à nouveau un moment de changement où je ressens très fort le besoin d’unir mon engagement et mes aspirations à créer. Un recueil de poèmes va être publié aux éditions de la Table ronde au mois de mars/avril 2014. Je suis en train de retourner vers mes premiers amours, mes activités artistiques, mais en essayant de les faire participer au changement de la société.

La faim dans le monde n’est pas une fatalité ?

Non bien sûr. Nous serions d’ores et déjà en mesure de nourrir la planète avec le gâchis alimentaire : ce que jettent chaque année les Américains et les Anglais suffirait à nourrir le milliard de personnes qui souffrent de la faim dans le monde.

Parallèlement, nous avons besoin de profondément transformer le système agricole qui fait que de nombreux paysans dans le monde ne mangent pas à leur faim. Ils sont entraînés dans une logique de marché par laquelle ils produisent pour l’exportation et délaissent l’agriculture vivrière de leur pays. On a besoin de retourner vers une agriculture de plus petite taille dans laquelle chaque pays puisse produire ce dont ils ont besoin et avec des techniques n’utilisant pas de pétrole ni de pesticides.

Avec le mouvement Colibris, nous défendons l’agroécologie qui est une façon de faire de l’agriculture en prenant en compte tout un écosystème. Aujourd’hui des études montrent et notamment un rapport de l’Onu paru en mars 2011 et qu’il est possible de multiplier par 2 les rendements dans les 10 ans

Lancement de la galerie en ligne Reecrire.com au Café Caché du Cenquatre

Réécrire organise un évènement mêlant arts visuels et sonores pour le lancement de sa galerie en ligne.  Seront présentés à la fois de l’art in situ en volume créé pour le lieu // par Little K // et les dessins, photographies, collages et écritures //de 13bis, Alex&Marine, Anne Flore Cabanis, François Goupil, Joshua Petker, Monica Zeitline, Salem Mostefaoui, Sandra Andrea Renard ainsi que le concert acoustique // de The Rodeo. Vernissage le jeudi 08 décembre à partir de 19h au Café Caché du Cenquatre, 104 rue d’Aubervilliers, 75019 Paris.

Afin de confronter des univers artistiques très différents unis par leur esprit graphique, Réécrire vous propose de regarder et d’écouter :

L’installation, Step into a world, un ensemble de sculptures en carton inédit et monumental réalisé pour l’évènement par le plasticien Little K.

Little K est un plasticien qui se fait connaître par son projet « Chilin », des bonhomme en pâte fimo qu’il fixe dans la rue pour rappeler la présence des jeunes des cités. Depuis, il crée des sculptures en carton proche de l’univers hip-hop toujours avec un message d’ouverture et de tolérance. Il a exposé notamment chez Citadium, à l’Université Paris Dauphine, au Door studio, lors d’une exposition Réécrire et présente ces objets en volume au Studio 13/16, Centre Pompidou lors des ateliers Green Attitude depuis octobre 2011.

La plasticienne Maud Mini et la photographe Camilla Pongiglione ont créé le collectif 13bis en 2009 par une série d’interventions sauvages dans la rue donnant naissance au projet Hic Sunt Leones. En novembre 2010, elles remportent le Coup de Coeur du Jury Bourse du Talent Espace Architecture Paysage #44 et participent en janvier 2011 à une exposition Réécrire au cours de laquelle elle réalisent la performance « Fosse de Mariannes ». Une nouvelle exposition de leurs collages est présentée du 5 novembre au 4 décembre 2011 à l’ Hôtel de Ville d’Aulnay-sous-Bois

Anne-Flore Cabanis, diplômée de l’école nationale des Beaux arts de Paris, en résidence actuellement au Cenquatre, réalise des dessins, collages et installations in situ. Récemment, elle a exposé son travail dans la galerie Exit Art Contemporain, a participé à Chic Art Fair 2011 et à la nuit Blanche 2011 et présente une exposition collective avec Zevs au musée en Herbe de Paris.

Graphiste et illustrateur, François Goupil est adepte de la réalisation de fresques murales monumentales et modulaires (Bellevilloise, Digitas et chez des particuliers) ainsi que de performances ponctuelles (Marithé Francois Girbaud), il expose pour la première fois ses « graphimses » au Café A lors d’un évènement Réécrire, référence à ses premiers pas dans cette sphère artistique. Il a participé à l’exposition collective « Dix-huit B quarante-set » en novembre 2011.…

Une visualisation d’Internet par Reynald Drouhin

Qui n’a jamais rêvé de voir Internet dans son ensemble ? Avec son projet « GridFlow », l’artiste plasticien et multimédia, Reynald Drouhin, imagine un système de visualisation globale de données Internet ! Un processus d’auto-archivage immédiat qui constitue une œuvre d’art.

Son fonctionnement est simple et participatif : chaque internaute peut inscrire son blog sur le site http://www.reynalddrouhin.net/works/gridflow/ qui recense toutes les images et les mises à jour de tous les sites inscrits, telle une grille évolutive à l’infinie.

Gridflow indexe une circulation d’informations et chacun peut en obtenir une capture d’écran à tout moment. En tant que travail plastique, Reynald Drouhin en tire des images figées sortes de photographies qui encrent la visualisation dans le moment présent. C’est une œuvre qui utilise le réseau, qui ne pourrait pas exister sans lui mais qui donne un objet fini, un tirage. Son processus de création est immatériel mais pas son rendu véritablement physique.

Internet est comme un filtre. Le projet est une mise en image de la quantité d’informations qui transitent. La qualité du résultat ne vient pas de celle de l’image en elle-même mais de la quantité d’images reçues.

Cette mosaïque évolue par une sorte de vague à chaque nouvelle image reçue. Internet n’est pas figé mais en recombinaison constante. Cette visualisation nous révèle qu’Internet est avant tout un courant. Une compilation d’images extraites en suivant des critères très précis évolue en fonction des mœurs. Il existe des connexions beaucoup plus forts que ce que l’on imagine. Internet est un échantillon infiniment fiable de la société. Des liens se créent et laissent entrevoir un sens qui naît du chaos. Tous les blogs disent la même chose, ils sont sur la même longueur d’ondes.

Dans son rapport au temps, le projet est fascinant : il constitue une compilation d’informations à l’instant T. Le site se réactualise quand les blogs qui le composent se mettent à jour. C’est l’instant présent du Net. Reynald Drouhin attrape les flux et la capture d’écran transpose la grille en une mémoire collective.

Reynald Drouhin

Né en 1969, l’artiste contemporain Reynald Drouhin vit et travaille à Paris et enseigne le multimedia à l’EESAB – École européenne supérieure d’art de Bretagne à Rennes.

Sa pratique intègre les outils numériques, la photographie, la vidéo, l’installation et la sculpture. Il ne se contente pas d’un espace dédié (celui de l’Internet, d’une surface de projection ou de la spatialité d’une galerie) mais appréhende tour à tour différents possibles, cherchant ainsi à révéler autre chose que le visible, tel un espace parallèle, fantomatique, étrange, ou résultant de données codifiées. http://www.reynalddrouhin.net

Reynald Drouhin fait parti du collectif Incident depuis 1996.

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