L’artiste est un chaman Martine Lusardy, commissaire de l’exposition HEY!

Entretien avec Martine Lusardy, commissaire de l’exposition présentée à la Halle Saint Pierre  jusqu’au 4 mars 2012. Une manifestation élaborée en collaboration avec les créateurs de la revue HEY! associant ainsi art brut et culture populaire. Crédit sculpture / Aj Fosik « Each Morning Takes Bear » 2008.

Notre société donne la priorité à la science et à la consommation. La pop culture donne naissance à des artistes qui tentent de mettre à distance cette réalité en créant une irréalité imaginaire. Cet espace de jeu conduit à un autre monde. Ce qui unit les artistes de HEY ! c’est la possibilité d’une évasion.

Lin Shih Yung « Cérémonie pour devenir un adulte-corde » 2009

HEY! est la 50ème exposition consacrée à l’art brut qu’organise par la commissaire Martine Lusardy à la Halle Saint Pierre. A la recherché de l’autre culture, celle hors des circuits de distribution légitimes la commissaire présente l’art qui résiste à la pensée conceptuelle, qui ne fait pas appel à intellectuel mais à l’expérience première du corps. L’art n’est pas aseptisé il doit avoir un contenu, un sens.

Stéphane Blanquet

Dans nos sociétés, la raison a pris le dessus sur le ressenti, l’émotion est oubliée car elle nuit au rationnel. L’expérience de l’art brut ramène à la subjectivité. L’art brut c’est lâcher prise, l’artiste ne contrôle plus il va vers cet inconnu mystique, il est attiré et en même temps réticent. Cette dualité est le point de départ de la création brute. Elle repousse les limites des espaces interdits. Nos sociétés contemporaines ont vidé de sens les rites de passage d’un état à un autre. Il faut apprendre à passer d’un monde à l’autre. L’art brut réveille l’homme, son animalité, redonne vie à ses pulsions et regardent ses obsessions.

Daniel Martin Diaz « Mysterium Tremendum » 2010

Il est possible d’être un autodidacte dans l’art, la formation technique a ses vices, trop intellectualisée elle peut tuer la singularité. Le geste artistique n’est contestataire que la première fois, comme le « ready made ». HEY! pose la question du mauvais gout. On veut l’universaliser mais il n’y a pas de vérité absolue à ce sujet, les critères esthétiques évoluent en permanence et sont subjectifs.

Elzo Durt

L’artiste est celui qui crée la perte de repères permettant d’aller vers ses émotions. L’artiste va chercher des images qui dérangent, rend visible  ce qui est refoulé, oublié. Il se connecte aux espaces de l’intolérable et de l’insupportable pour le rendre regardable. Il faut apprendre à re-regarder. Les artistes d’art brut abordent la mort, l’occulte et les représente de façon supportable. Le rôle de l’artiste est de prendre en charge l’individu non pas pour lui même, comme dans une thérapie, mais pour le groupe. L’artiste d’art brut est lui et tout, il crée pour lui mais le groupe se reconnait dans son œuvre. Les artistes sont les nouveaux chamans.

Entretien & texte Olivia Zeitline

Ludovic Debeurme